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Compte rendu de lecture publique

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« Nouvelles Interdites, depuis 34 ans !»

Le Prince Kum’a Ndumbe III exhorte les décideurs à déverrouiller

La lecture publique des Nouvelles Interdites organisée le 01 février 2012 par la fondation AfricAvenir International commença par une surprise. « Qui a 34 ou 33 ans dans la salle? » demanda l’auteur. Après hésitation, deux personnes se dirigèrent vers le Prince Kum’a Ndumbe III. Il remit au premier l’annonce de la « lecture-spectacle » avec des musiciens, organisée à la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu à Lyon le 17 mai 1978, au second un article du journal « Le Progrès » de Lyon du 8 juin 1978. Les deux textes célébraient et louaient la sortie de « Nouvelles Interdites » de Kum’a Ndumbe III, ce livre qui n’a jamais pu circuler au Cameroun pour cause de censure. Il y a 34 ans !

 

Comment comprendre que ce sont ceux-là mêmes que nous pensons combattre qui sont toujours les premiers à s’approprier  les œuvres de nos intellectuels et pourtant bien souvent, ces œuvres ont pour premiers destinataires les Camerounais ? En 1978, date de parution de Nouvelles Interdites, cette nouvelle ne pouvait qu’être interdite de circulation au Cameroun parce que jugée trop dérangeante et encombrante par le système. Pourtant cette nouvelle, véritable mémoire de la société camerounaise des années 70 et instrument de compréhension de la société camerounaise actuelle, connut un grand écho à Lyon en France. Deux lectures spectacles furent organisées par la bibliothèque municipale de la Part-Dieu de la ville de Lyon et par la ville de Vaulx-en-Velin, non loin de Lyon. Les médias de ces villes s’invitèrent également à la partie en publiant des articles sur les Nouvelles interdites. C’est le cas du  Progrès de Lyon du 08 juin 1978 qui pour présenter le livre, parla de l’auteur en ces termes : « S’il vit en Europe, M. Alexandre Kum’a Ndumbe n’a jamais rompu le lien qui l’unit à son pays natal, le Cameroun, et à tout le continent africain. Enseignant à l’université de Lyon II et écrivain, toute son œuvre – thèse de doctorat, nouvelles, publications dans les nombreuses revues – aborde les problèmes de l’Afrique, la colonisation, puis l’indépendance et leur influence sur la culture noire » et Lyon Poche du 24 au 30 mai 1978 d’ajouter sous la plume de Jean Yves Loude : « des nouvelles comme des contes qui suivraient la tradition de l’Afrique, le style des griots…Mais ces histoires ne puisent pas à la source d’un passé, même empreint de poésie. Elles racontent le présent. Elles s’inscrivent dans la chair d’un continent en souffrance, elles disent les manipulations, les indépendances masquées, le néo-colonialisme, la servilité reconduite par les Africains : « le colon n’avait plus besoin d’insulter le nègre, les nègres se répartissaient la tâche entre eux, et chacun au nom de ce même blanc. » Mais elles parlent trop, et c’est pour cela qu’une barre de sang raye la couverture. Interdites. Vérités pas bonnes à entendre. Alexandre Kum, écrivain africain raconte dans la langue des Blancs ce que même dans son pays on ne veut pas écouter. Encore moins éditer.

Et tout l’art, émouvant, humain, provoquant, concernant, beau d’Alexandre Kum tient dans l’expression de ce drame d’impuissance, cerné d’ESPOIR, par la voix de personnages quotidiens ; jeunes en lutte, vieillards en vie. »

Aujourd’hui, en 2012, c’est-à-dire 34 ans après sa publication, combien de diplômés camerounais ou africains ont seulement entendu parler de ces Nouvelles Interdites ? Ne parlons même pas de les lire ! Est-ce un hasard ou alors le résultat d’une politique savamment orchestrée pour consolider la pensée unique léguée par la première république ? C’est pour cela que le nouvelliste Kum’a Ndumbe III fit lire les articles publiés par les journaux cités ci-dessus par un jeune de 34 ans et un autre de 24 ans, l’âge qu’il avait au moment où il écrivait cette nouvelle, et fit circuler les photos des deux spectacles susmentionnés  dans l’auditoire.

Puis lui-même entra en jeu, impatiemment attendu par l’auditoire. Il lut d’abord Le vieux Momba pour dénoncer le caractère extraverti et avilissant du système éducatif camerounais et africain, lequel jusqu’aujourd’hui reste encore bien coupé des réalités locales, de l’histoire et de la culture camerounaise. Puis, vint le tour duGrand anniversaire du petit Moussa. Un enfant de 10 ans qui fête son anniversaire pendant que le pays fête ses 10 ans d’indépendance. En plein couvre-feu, Moussa reste introuvable. Quelques jours après, on le retire, grâce à un abbé catholique, d’une fosse sceptique, deux balles dans la tête.

Des voix s’élevèrent dans l’auditoire pour magnifier l’immense œuvre de Kum’a Ndumbe III qui fructifie encore, avec son courage et son infatigable lutte pour un Cameroun et une Afrique débout. Les intervenants insistent aussi pour dire leur ignorance des vérités historiques lues par le Prince Kum’a Ndumbe III. D’autres voix s’interrogeaient sur le rôle des intellectuels au Cameroun, si ceux-ci font vraiment leur travail. A ces dernières, prince répondit que les intellectuels font leur travail mais que c’est l’Etat qui n’arrive pas encore avec des structures appropriées, à faire circuler librement la pensée africaine. Espérons que les choses vont bientôt changer dans ce Cameroun pays émergent à l’horizon 2035!

Edmond Ekollo

 
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